
itchi
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14-03-2008 19:36
Il est vrai que c’est bien vide ici et comme cela est dommage. Je ne sais pas si cela répondra à ta question Mutche, mais j’ai envie de mettre un extrait d’un texte écrit par Pierre SEGHERS, une introduction pour son livre « le livre d’or de la poésie française » : La poésie, ce monologue : - Je ne sais pas si « au commencement était le Verbe » et si l’on en peut déduire que l’homme fut créé par une démangeaison, une irritation permanente de la langue. Parler, parler, parler, se connaître en parlant, se créer en parlant, se féconder par la parole est une démarche qui paraît parfois se substituer à d’autres affirmations de soi. Parler ne demande rien, qu’un minimum de vocabulaire, parler coule parfois comme ces traînées de polyester que César répand sur le sol des biennales diverses. Parler décore, parler dévore. Tout le monde parle, chacun n’entend que soi. Sperme intarissable, parler est devenu une auto-jouissance justifiante. Le poète est-il donc le mystérieux porteur de la Parole même, la voix d’une inspiration insaisissable qui fait tout à coup la lumière ?. Les poètes s’auscultent. Dans leurs labyrinthes intérieurs, ils retrouvent leurs propres Minotaure. Grâce au langage, le poète se ronge et s’apprend.
Cela peut paraître un peu « rébarbatif » au premier abord, mais je trouve que l’analyse est assez juste. Bon nombre d’entre nous on un jour ou l’autre écrit des poèmes, des textes, des pensées, pour exprimer ce qui nous blesse, nous touche, nous émeut, nous révolte. C’est une belle façon d’extérioriser nos démons. Claude ROY est un de mes poètes préférés, donc j’avais envie de faire partager un de ses poèmes. « J’ai peur la nuit » Mon corps qui suit son cours, son chemin de fourmi, aveugle dans son jeu compliqué et savant, que puis-je à son destin, à sa longue patience ? Il est si loin de moi dans ses ténèbres chaudes avec son souffle lent, les longs détours du sang, le cœur, le très sérieux qui jamais ne s’arrête, et qui pourtant un jour saura bien me trahir… Comment donc expliquer à ce si pressé qu’il est bien inutile de tant se hâter, d’être si attentif aux visages changeants, de se presser ou de ralentir pour un rien, puisqu’un jour tout cela n’aura plus d’importante, puisque mon cœur et moi nous oublierons ensemble de bouger, de parler, de respirer, de vivre ? Je pense à tout cela dans le creux de la nuit et pour être moins seul j’imagine un poème, poème que voici : Mon corps qui suit son cours, son chemin de fourmi, aveugle dans son jeu compliqué et savant, que puis-je à son destin, à sa longue patience ? Il est si loin de moi dans ses ténèbres chaudes avec mon souffle lent…
Il y a trois ans j’étais encore une motarde passionnée et grisée par la vitesse, j’avais donc écrit ce texte (pas très gai j’avoue et non gaY, ). Je serais donc la première à oser mettre mes délires… J’espère que d’autres me suivront pour que ce poste soit moins vide.
« Ne passez pas le temps à mentir à la mort c’est un jeu décevant » Claude ROY
LE PLAISIR ET LA MORT AU BOUT DES DOIGTS
Comme tout le monde il m’arrive de plonger mes yeux par delà la transparence d’une fenêtre et malgré le soleil, le temps me paraît maussade. Il pleut des bombes sur la moitié du monde et la plupart des gens qui peuplent l’autre moitié s’en moque. Nous sommes des sempiternels amnésiques chroniques devant la douleur, nous devenons aveugles et sourds aux cris des enfants qui ont faim et peur. Pourtant ce matin là je voyais réellement le soleil et sa chaleur me caressait la peau comme une invitation au voyage.
La campagne réchauffée par ses rayons me faisait signe, elle n’était pas une nature morte, les herbes bougeaient sous une légère brise, le contraste entre la chaleur et cette fraîcheur me donnait des frissons. J’avais envie de m’évaporer et de me perdre au cœur de délices que je connaissais bien. Je l’ai enfourché avec plaisir ce poitrail puissant qui allait me donner des sensations divines. Je me voulais saltimbanque en équilibre sur le goudron, rôdeuse sublime, avaleuse de bitume. Il y avait une autre vie, un autre espace, une autre sensation ; celle de pouvoir jouer avec la mort en une fraction de seconde. Il n’y avait personne derrière moi, aucune ombre furtive s’allongeant sur les bords de la route, aucune main me rappelant à l’ordre en pressant mes flancs. J’étais dans un monde qui n’appartenait qu’à moi, où l’absente à tord et la raison inexistante. Elle se dérobait sous mes roues, transperçant l’horizon, cette route qui traversait les champs. La moto que j’enserrais de mes cuisses faisait fuir les oiseaux qui s’envolaient à mon passage, laissant des plumes virevolter dans l’air. Il y avait encore un peu de jour dans mes yeux, mais l’ivresse de la vitesse mettait un voile noir sur mon cœur et le rendait inconscient. Je ne pouvais m’empêcher d’être heureuse moi qui aime tant la mélancolie. Je chevauchais le plaisir et la mort en même temps et je laissais derrière moi un monde qui m’insupportait. La poignée que ma main entourait pouvait devenir un passeport pour la mort, une légère pression vers moi et le moteur grondait. Il n’y avait plus de méprise, j’avais bien l’âme éprise de cette griserie que donne la moto aux adorateurs de liberté. Le cœur et le corps en éveil, la vitesse comme une drogue injectée en mes veines, l’âme légère, je laissais aux occupants des boîtes à quatre roues l’enfer de rouler avec sagesse. Un petit coup de poignée c’est si facile et je glissais contre le vente de ma séduisante monture. L’aiguille montait et m’indiquer le ciel plus vite encore qu’une page tournée. Un virage lointain se dessinait tout à coup plus rapidement. J’étais consciente que la mort était à portée de ma main, mais la fascination était au bord de mon cœur. Ce doux mélange de peur et de timide témérité, quel délicieux élixir pour l’âme sauvage. Le bruit de mon cœur s’unissait à celui du moteur, c’était un mélange étrange, on aurait dit le bruissement des ailes d’un ange venu m’accueillir pour l’enfer. J’aurais aimé enterrer la peur avec les vieilles douleurs, celles qui nous laissent éveiller parfois le soir. Je n’ai pas su, j’ai replié mes ailes et baissé le régime du moteur. Consciente de la mort au creux de ma main, assouvie par le plaisir, bien avant le virage, j’ai vu le visage de ma mère et mon cœur a chuchoté tout bas à la mort, «attend encore, il n’est pas l’heure ».
J’espère que je n’ai pas fait dormir tout le monde sur zelink... 
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